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>Risques liés à l'exposition professionnelle aux solvants pendant la grossesse

La fréquence des anomalies congénitales graves chez les humains se situe entre 1 et 3 %. Dans la plupart des cas, les causes de ces malformations ne sont pas connues. Lorsqu'elles le sont, soit dans environ le tiers de tous les cas, il s'agit notamment d'anomalies génétiques (p. ex. syndrome de Down), de maladies infectieuses précises (p. ex. rubéole), de malnutrition, de rayonnements ionisants, de certains médicaments (p. ex. thalidomide) et d'expositions professionnelles à certaines substances (p. ex. plomb).

Selon de nombreux chercheurs, moins de 1 % des cas d'anomalies congénitales seraient dus à des expositions professionnelles, car peu de professions ou d'expositions professionnelles sont spécifiquement associées à une fréquence accrue de malformations ou de troubles du développement. Quoi qu'il en soit, la recherche dans ce domaine est extrêmement difficile et ce, pour de multiples raisons : rareté des cas de malformation et déclaration sporadique de ces cas, petit nombre d'études sur les liens possibles avec le milieu de travail, expositions souvent complexes et études habituellement rétrospectives (les antécédents professionnels étant recueillis après la naissance, ces études peuvent être sujettes à des biais et à des oublis).

Très peu de substances présentes en milieu de travail ont fait l'objet d'essais appropriés chez des animaux de laboratoire. Il faut reconnaître que chez l'animal, les essais de toxicité pour le développement sont particulièrement difficiles à réaliser puisque d'une espèce à l'autre, les réactions à une même substance peuvent varier considérablement. Les substances qui influent sur le développement peuvent s'attaquer directement à l'embryon en développement ou entraîner une réaction toxique généralisée chez la femelle gestante.

Nombreux sont les chercheurs qui croient que n'importe quel produit chimique peut nuire au développement s'il est administré à une dose suffisante et à un moment critique. C'est pourquoi les critères de tératogénicité et d'embryotoxicité du Système d'information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT) précise que les atteintes subies par l'embryon ou le f¤tus doivent être relevées à des concentrations n'ayant pas d'effet nocif sur la femelle gestante. De là découle également la recommandation médicale enjoignant les femmes enceintes à éviter toute exposition inutile à des produits chimiques.

Une étude récemment effectuée au Hospital for Sick Children de Toronto traite du risque de malformations f¤tales graves chez les femmes enceintes exposées à des solvants organiques en milieu de travail. Les résultats de cette étude ont été publiés dans le Journal of the American Medical Association (JAMA, 1999; 281:1106-1109).

Cette étude porte sur la fréquence des anomalies congénitales chez les enfants de 125 femmes ayant été exposées professionnellement à des solvants organiques pendant le premier trimestre de leur grossesse, période la plus critique pour le développement du f¤tus. Les données relatives aux expositions ont été recueillies pendant la grossesse, avant que l'on en connaisse l'issue. Cette démarche réduit au minimum une faille importante de la plupart des études chez les humains : le biais lié à la mémoire.

Des anomalies congénitales graves ont été observées chez 13 enfants dont la mère appartenait au groupe exposé. Les femmes de ce groupe étaient travailleuses d'usine, techniciennes de laboratoire, artistes, chimistes, menuisières et employées de pompes funèbres. De plus, dans 12 des 13 cas mentionnés, la mère avait signalé des symptômes reliés à l'exposition aux solvants pendant sa grossesse. En revanche, chez les 125 femmes du groupe témoin (sujets appariés sans exposition professionnelle), il n'y a eu qu'un seul cas d'anomalie congénitale.

L'étude avait pour principales limites de ne porter que sur un petit nombre de sujets (125 femmes exposées en milieu de travail et 13 enfants porteurs d'anomalies congénitales) et de comprendre des expositions diverses. Il n'est donc pas possible de relier les cas à un solvant ou à une profession en particulier, ni de tirer de conclusions générales sur les risques que posent les solvants pour la reproduction. Qui plus est, des études à plus grande échelle seraient co×teuses et difficilement réalisables.

Les solvants organiques mentionnés dans l'étude sont les hydrocarbures aliphatiques et aromatiques, les phénols, le trichloroéthylène, le xylène, le chlorure de vinyle, l'acétone et les composés apparentés. Dans des études chez des animaux, deux de ces solvants - le trichloroéthylène et le xylène - ont eu des effets toxiques sur les petits, à des doses apparemment non toxiques pour la mère.

Les auteurs ont conclu qu'il est prudent de limiter autant que possible l'exposition des femmes enceintes aux solvants organiques et que la présence de symptômes découlant de l'exposition semble aller de pair avec un niveau d'exposition inacceptable pour le f¤tus; aussi l'exposition doit-elle être évitée par des mesures de protection appropriées et une bonne ventilation.

L'utilisation de solvants organiques est monnaie courante dans une majorité de milieux de travail; ils entrent dans la composition des peintures, des adhésifs, des agents nettoyants et de nombreux autres produits. La plupart des solvants courants s'évaporent rapidement dans l'air, et c'est justement l'inhalation de ces vapeurs qui est à l'origine du plus grand nombre d'expositions professionnelles. Le contact cutané peut aussi être une voie d'absorption importante, puisque certains solvants sont rapidement absorbés par la peau.

Les stratégies suivantes sont des plus efficaces pour prévenir l'exposition aux solvants organiques :

• Servez-vous de produits de remplacement. Utilisez des produits dont les constituants présentent moins de risques pour la santé. Certains solvants organiques sont toxiques, alors que d'autres sont pratiquement non toxiques. Pour plus de détails, consultez la base de données CHEMINFO du CCHST.

• Utilisez la quantité minimale de solvant requise.

• Utilisez des produits à plus faible teneur en solvants organiques. Consultez la fiche signalétique (FS) du produit pour en connaître la composition.

• Utilisez des solvants organiques dans un endroit bien aéré. Une enceinte d'isolement ou une ventilation par aspiration à la source sont plus efficaces que la ventilation avec apport d'air neuf (par dilution).

• Portez des gants et des vêtements de protection résistant aux solvants afin d'éviter tout contact cutané. Il arrive que des matériaux de protection laissent pénétrer certains solvants ou se dégradent au contact de ceux-ci. Consultez la FS du produit ou communiquer avec le CCHST pour savoir quels matériaux offrent la meilleure protection.

• Évitez les masques de type antipoussières ou chirurgical, car ils n'offrent aucune protection contre les vapeurs organiques. S'il n'y a pas d'autre moyen d'éviter l'exposition, portez un appareil de protection respiratoire muni d'une cartouche approuvée contre les vapeurs de solvants organiques.

La base de données CHEMINFO du CCHST renferme des profils détaillés sur 800 produits chimiques industriels, dont de nombreux solvants organiques couramment utilisés. Ces profils comprennent notamment des renseignements concernant les risques que ces solvants posent pour le développement, les méthodes de travail sécuritaires, les vêtements de protection et les mesures de protection des voies respiratoires recommandés, ainsi que de l'information sur les mesures d'urgence en cas de déversement, de fuites ou d'incendie. CHEMINFO peut vous aider à évaluer les risques associés aux produits que vous utilisez et à trouver des substituts plus sécuritaires.

Communiquez avec le Service des demandes de renseignements du CCHST pour obtenir des réponses à vos questions sur la santé et la sécurité ou avec le Service à la clientèle pour de plus amples détails concernant les produits du CCHST.