Signaux de fumée : l'incidence de la qualité de l'air extérieur sur la sécurité au travail
Raymond : Bonjour et bienvenue au balado Sain et sauf avec le CCHST. Un ciel enfumé et des journées brumeuses causés par les feux de forêt et d'autres sources deviennent de plus en plus fréquents partout au Canada, et la mauvaise qualité de l'air qui en résulte peut avoir des répercussions sur les travailleurs tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Je reçois aujourd'hui Matea Kokorovic, spécialiste technique principale ici au CCHST, pour en discuter. Bienvenue, Matea!
Matea : Merci Raymond, je me réjouis d'être ici aujourd'hui.
Raymond : Alors, commençons par la base. Pourquoi la qualité de l'air extérieur est-elle soudainement devenue une si grande préoccupation en milieu de travail?
Matea : Eh bien, pour comprendre, il faut examiner les facteurs déclencheurs. Une mauvaise qualité de l'air peut résulter de l'activité humaine, mais aussi de sources naturelles, telles que les feux de forêt, les tempêtes de poussière et le pollen. Et avec le changement climatique, on constate une recrudescence des feux de forêt, qui réduisent considérablement la qualité de l'air dans de nombreuses collectivités. Pour les employeurs, cet aspect est important, car ils ont le devoir de protéger leurs travailleurs contre les risques en milieu de travail. Cela inclut les risques liés à la qualité de l'air, même à l'extérieur.
Raymond : C'est vrai, on a tendance à considérer la qualité de l'air comme un simple phénomène météorologique, mais si les travailleurs respirent cet air toute la journée à l'extérieur, cela devient aussi une question de sécurité au travail.
Matea : Exactement. Et les symptômes – irritation des yeux, excès de mucus dans le nez ou la gorge, toux, difficultés respiratoires – peuvent affecter des travailleurs par ailleurs en bonne santé, surtout s'ils effectuent un travail physiquement exigeant à l'extérieur. L'effort physique a tendance à aggraver les difficultés respiratoires.
Raymond : Et qu'en est-il des travailleurs qui pourraient être plus vulnérables dès le départ?
Matea : C'est un aspect important de la question. Les personnes âgées, enceintes ou souffrant déjà de problèmes de santé, tels que le cancer, le diabète, des allergies ou des maladies cardiaques et pulmonaires peuvent présenter des symptômes plus sévères ou plus fréquents. Et le problème, c'est que certaines de ces personnes ne savent peut-être même pas qu'elles souffrent de problèmes de santé que la mauvaise qualité de l'air pourrait aggraver. Par conséquent, prendre des précautions n'est pas seulement bénéfique pour les travailleurs dont vous savez qu'ils sont à risque, cela profite à tout le monde.
Raymond : Comment savoir exactement à quel point la qualité de l'air est mauvaise un jour donné?
Matea : Au Canada, la plupart des régions utilisent la cote air santé pour communiquer cette information. Le Québec dispose de sa propre version, appelée le programme « Info-Smog ». Cette cote s'étend sur une échelle allant de 1 à 10+. La cote 1 signifie que les conditions sont sûres, tandis que toute cote supérieure à 10 est considérée comme très à risque. La plupart des applications météorologiques et des chaînes de télévision diffusent la cote air santé avec les prévisions habituelles; elle est donc facile à trouver.
Raymond : Et j'imagine que les recommandations varient en fonction de l'augmentation de cette cote?
Matea : Tout à fait. Lorsque le risque est faible, les activités de plein air habituelles ne posent généralement pas de problème pour tout le monde. Lorsque le risque est modéré, c'est-à-dire une cote comprise entre 4 et 6, les employeurs doivent envisager de réduire ou de reporter les travaux extérieurs exigeants, en particulier si les travailleurs présentent des symptômes tels que de la toux ou une irritation de la gorge, ou s'ils souffrent d'un problème de santé susceptible d'affecter leur capacité à travailler en toute sécurité. Lorsque le risque est élevé, soit une cote comprise entre 7 et 10, les employeurs doivent réduire ou reporter toutes les activités extérieures exigeants, tout en prenant des précautions supplémentaires pour les travailleurs âgés ou plus vulnérables. Et en cas de risque très élevé, soit une cote supérieure à 10, les travaux extérieurs exigeants doivent être totalement évités, et d'autres activités doivent être prévues à la place. À tout moment, si les travailleurs estiment que la qualité de l'air présente un danger, ils doivent le signaler à leur employeur ou à leur superviseur.
Raymond : Et à partir d'un certain seuil, les régions diffusent également leurs propres alertes en cas de mauvaise qualité de l'air sur les chaînes d'information locales, n'est-ce pas?
Matea : Exactement. Ces alertes sont diffusées lorsque les conditions sont susceptibles d'atteindre des niveaux dangereux pour la population générale. Elles sont habituellement transmises par les réseaux météorologiques locaux et les applications météorologiques, et utilisent un code couleur pour indiquer le niveau de risque. Il est utile de vérifier comment votre région diffuse ces alertes, car cela peut varier selon les endroits.
Raymond : Comment les employeurs peuvent-ils se préparer à tout cela?
Matea : La première étape consiste à intégrer les épisodes de mauvaise qualité de l'air dans le plan d'intervention en cas d'urgence du lieu de travail, et à s'assurer que les travailleurs connaissent bien ce plan. À partir de là, il est très utile de procéder à une évaluation des risques distincte pour les travailleurs à l'extérieur et à l'intérieur, car l'intervention à privilégier dépendra à la fois de la catégorie de risque sanitaire correspondant à l'indice de qualité de l'air et du type de travail effectué.
Raymond : Commençons par les travailleurs à l'extérieur. Comment les employeurs peuvent-ils mieux les protéger?
Matea : Il existe plusieurs options, en fonction de la catégorie de risque pour la santé. Vous pouvez limiter le temps passé à l'extérieur, prévoir davantage de pauses, reporter les tâches à l'extérieur à un moment où la qualité de l'air devrait s'améliorer ou, dans les cas les plus graves, annuler complètement le travail à l'extérieur. Si le travail doit absolument être effectué, assurez-vous que les travailleurs aient reçu une formation adéquate et disposent d'un équipement de protection individuelle adapté, en fonction d'une évaluation des risques appropriée.
Raymond : Et pour les personnes travaillant à l'intérieur, suffit-il simplement de rester à l'intérieur?
Matea : Pas tout à fait. L'objectif est en réalité d'empêcher l'air extérieur de pénétrer à l'intérieur. Par exemple, il est possible de régler le système de chauffage, de ventilation et de conditionnement de l'air (CVCA) afin qu'il recycle l'air intérieur plutôt que d'aspirer de l'air extérieur, de garder les fenêtres fermées, de boucher les ouvertures autour des fenêtres et des portes, et d'utiliser un purificateur d'air, le cas échéant. Il faut également s'assurer que les filtres à air du système de CVCA correspondent à la classe de filtration requise, idéalement une cote MERV de 13 ou plus, et qu'ils sont remplacés selon le calendrier prévu.
Raymond : On dirait que l'une des principales choses à retenir ici, c'est que ce genre d'événement est maintenant fréquent et ne se produit plus seulement de temps en temps.
Matea : C'est exactement ça. Les épisodes de mauvaise qualité de l'air sont désormais monnaie courante tout au long de l'année dans de nombreux lieux de travail, et il est donc important de les intégrer dans la planification de la sécurité en milieu de travail au lieu de simplement y réagir lorsque de la fumée apparaît. Vérifier régulièrement la cote air santé, identifier les travailleurs les plus vulnérables et disposer d'un plan clair avant même l'arrivée de la fumée ou de la poussière sont autant de mesures qui peuvent être prises pour maintenir les travailleurs en bonne santé.
Raymond : Matea, merci beaucoup de nous avoir expliqué tout cela.
Matea : C'est toujours un plaisir de discuter avec vous.
Raymond : Et pour nos auditeurs, vous trouverez de nombreuses ressources supplémentaires sur ce sujet sur notre site Web, CCHST.ca. Merci d'avoir été des nôtres, et soyez prudents!