Il est probablement juste d'affirmer que chaque travailleur qui soulève un objet ou doit le déplacer risque de subir des blessures musculosquelettiques. Les blessures dans la région lombaire sont les plus fréquentes. L'élimination complète de ce risque n'est pas réaliste parce que le travail de manutention suppose habituellement des positions incommodes et des mouvements répétés exigeant une certaine force. Toutefois, il est possible de réduire le nombre et la gravité des blessures liées au travail de manutention en ayant recours à des pratiques de travail sécuritaires.
Pour prévenir les blessures au dos survenant au travail, il est essentiel de cerner les caractéristiques du travail de manutention qui rendent le travailleur plus vulnérable aux blessures ou qui contribuent directement à ces blessures.
Lorsqu'on ne s'attarde qu'à un seul facteur de risque pour tenter de prévenir les blessures attribuables au travail de manutention, on ne parvient pas à réduire véritablement le nombre de blessures. L'approche que propose l'ergonomie, et qui est d'ailleurs plus efficace, combine des connaissances du génie, de l'environnement et des capacités et limites de l'être humain. Les aspects suivants doivent être pris en compte :
Souvent, une mauvaise planification du déroulement des tâches donne lieu à la manutention inutile ou répétée d'un même objet. Il arrive que les articles soient temporairement entreposés dans un endroit, déplacés vers un autre, entreposés à nouveau et déplacés encore une fois : dans ces situations, une meilleure organisation du déroulement des tâches permettrait d'éliminer de nombreux mouvements potentiellement dangereux.
Le travail de conception ou de révision des tâches qui exigent une certaine manutention doit suivre les étapes ci-après :
Il faut envisager le recours à des systèmes de manutention mécaniques ou motorisés s'il n'est pas possible d'éliminer entièrement le travail de manutention effectué directement par les travailleurs. Les aides mécaniques permettent de réduire considérablement les risques de blessures au dos en limitant l'effort physique que doit déployer le travailleur pour déplacer des objets lourds.
Le travail de manutention, que ce soit pour soulever ou déplacer des objets, est plus facile et plus sécuritaire s'il est mécanisé à l'aide de tables élévatrices, de convoyeurs, de palanches ou de camions. Les goulottes de déchargement facilitent l'élimination des matériaux. Les aides mécaniques permettent également d'éviter de choisir les travailleurs en fonction de la tâche à effectuer, mais ces derniers doivent toutefois recevoir une bonne formation quant à l'utilisation sécuritaire de l'équipement.
Utiliser, dans le mesure du possible, des aides mécaniques. L'étape suivante consiste à réduire les exigences sur le plan de la manutention manuelle. Il y a plusieurs façons d'y parvenir :
Il est important que les tâches de manutention soient conçues de façon à ce que le travailleur puisse effectuer son travail sans se pencher ou effectuer des mouvements de torsion trop fréquemment. Ces mouvements sont particulièrement dangereux et peuvent causer des maux de dos, même sans charge.
Tous les matériaux doivent se trouver sur un plan de travail ajusté en fonction de la taille du travailleur.
La cadence de travail, particulièrement lorsqu'elle est imposée, peut être une importante source d'inconfort chez le travailleur et peut, par conséquent, contribuer à l'apparition de blessures musculosquelettiques, y compris les blessures dans la région lombaire. Règle générale, les pressions de la part de la direction incitant à travailler à un certain rythme imposent au cerveau l'obligation de travailler à la hâte, ce qui engendre non seulement des tensions intellectuelles, mais aussi physiques. Les muscles tendus sont beaucoup plus exposés à des blessures, ce qui prépare le terrain aux blessures musculosquelettiques.
Les toutes dernières recherches sur les causes des blessures au dos montrent que les travailleurs exposés à un risque élevé de douleur au dos, par exemple ceux qui gagnent leur vie en soulevant des charges ou ceux qui le font régulièrement dans le cadre de leur travail, ont besoin de périodes de repos plus fréquentes et plus longues. Ces recherches ont montré que même les travaux de levage effectués à une cadence modérée – c'est-à-dire sans atteindre la limite maximale de lever de charges – peuvent, s'ils sont maintenus de façon prolongée sans périodes de repos, diminuer rapidement la capacité de levage des travailleurs en accélérant leur fatigue. Cela signifie également que le risque de s'infliger une blessure au bas du dos et, en fait, toute autre blessure musculosquelettique, est plus élevé durant la seconde moitié de la journée de travail. Il est donc plus sage de planifier l'exécution des tâches exigeantes au début plutôt qu'à la fin de la journée de travail, après cependant que les travailleurs « se soient un peu réchauffés ».
Idéalement, les travailleurs devraient pouvoir progresser à leur rythme et disposer d'une certaine liberté leur permettant de prendre une pause-repos lorsqu'ils commencent à ressentir de la fatigue. Ce n'est pas toujours possible, malheureusement. Il semble raisonnable d'intégrer deux pauses de 15 minutes, au milieu de la matinée et au milieu de l'après-midi, en plus de la pause-repas de 30 minutes. Si un tel horaire ne peut être respecté, des périodes de repos plus courtes mais plus fréquentes conviennent tout autant.
Il est également important de prévoir, pour les débutants dont le travail comportent des tâches de levage et de manutention manuelle, une certaine période d'acclimatation au cours de laquelle ils pourront prendre davantage de pauses.
La conception de l'environnement de travail est un élément important de la prévention des blessures au dos.
Lorsque le travail de manutention est effectué à l'extérieur, les conditions climatiques, y compris le facteur humidex (lorsqu'il fait chaud) et le facteur de refroidissement éolien (lorsqu'il fait froid), doivent être surveillées de près.
Vous trouverez plus de détails sur le travail et les activités de manutention par temps chaud et par temps froid dans les publications du CCHST intitulées Guide santé sécurité de l'entretien des terrains et Guide santé sécurité du travail au froid.
L'objectif de la sélection précédant l'embauche est de choisir des travailleurs moins susceptibles de se blesser en effectuant des tâches de manutention. Les rayons X, les examens médicaux, les tests physiologiques peuvent être dangereux dans certaines circonstances ou n'être pas suffisamment précis pour permettre d'obtenir le résultat attendu. Ces procédures médicales ne réduisent pas l'occurrence des blessures au dos parmi les candidats retenus. Pire, on abuse parfois de ces méthodes de sélection pour palier la mauvaise conception du travail.
La seule situation où la sélection précédant l'embauche peut être justifiée comme mesure de prévention, c'est lorsqu'un travail exige une manutention intensive dans un environnement imprévisible et incontrôlable, par exemple, le travail des pompiers, des secouristes (qui travaillent sous l'eau ou dans une mine) et des policiers. Même dans ces cas, les tests de sélection doivent refléter étroitement les exigences du travail. La meilleure méthode de présélection, s'il faut absolument en appliquer une, est de loin l'exécution de la tâche en elle-même.
Il existe peu de preuves qui établissent que la formation réduit à elle seule le nombre des blessures attribuables au travail de manutention. Lorsqu'elle est combinée à une conception efficace du travail, celle-ci devient un élément important de la prévention des blessures. Une formation adéquate montre également au travailleur comment contribuer activement à la prévention de ces blessures. Un bon programme de formation devrait :
La façon de soulever un objet adéquatement demeure l'aspect le plus controversé de la formation sur le travail de manutention. Il n'y a pas qu'une seule bonne façon de soulever un objet parce que ce mouvement peut toujours être effectué de plusieurs façons. C'est pour cette raison que la formation sur place, propre à la tâche à exécuter, est essentielle. En fait, il est parfois plus sécuritaire de laisser le travailleur faire preuve d'un bon sens acquis par l'expérience que de l'obliger à appliquer des procédures ergonomiquement correctes. Mais il demeure toutefois certaines règles générales :
Réchauffer ses muscles avant de soulever un objet.
Se tenir près de la charge, en faisant face à la direction dans laquelle on doit se déplacer.
Il est également important pour les travailleurs de :
Enfin, il y a un aspect de la formation que l'on ne peut ignorer si l'on veut qu'elle fasse partie d'un programme de prévention efficace.
Il faut informer les travailleurs que les muscles, tendons et ligaments, lorsqu'ils ne sont pas « réchauffés », ne sont pas prêts à absorber le stress physique que suppose un travail de manutention. En effet, les mouvements effectués peuvent entraîner des étirements, des déchirures ou des crampes. Ces blessures, déjà douloureuses en soi, peuvent mener à une condition plus grave et permanente si le stress imposé au muscle ou au tendon se poursuit. Le réchauffement et la préparation mentale avant toute tâche de manutention exigeante sont importants, particulièrement lorsque le travailleur n'est pas habitué à soulever des charges. Les travailleurs seront mieux préparés à la tâche à exécuter s'ils savent que d'autres mesures de prévention sont mises en œuvre.
Dernière mise à jour du document le 7 mars 2007
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