Le rapport sur la santé et la sécuritéVol 20, No. 06

Sujet d'actualité

La prévention des maladies professionnelles et les produits chimiques en milieu de travailprint this article

Les lieux de travail où sont utilisés, entreposés ou fabriqués des produits chimiques comportent des dangers particuliers. En raison de leurs propriétés, certains produits chimiques, tels que les substances explosives, inflammables ou corrosives, posent un risque immédiat pour la sécurité. D’autres peuvent endommager nos organes ainsi que les systèmes et appareils de notre organisme. Ces effets néfastes sur la santé peuvent se traduire par des maladies professionnelles comme des cancers et la maladie de Parkinson (une maladie progressive du système nerveux qui nuit au mouvement).

Au cours des dernières décennies, la recherche nous a permis de mieux comprendre pourquoi certaines maladies sont courantes dans certaines professions. Elle a aussi contribué à améliorer la prévention des maladies professionnelles grâce à la mise en œuvre de mesures de maîtrise, comme l’utilisation de produits chimiques de remplacement moins nocifs. Nous en apprenons toujours plus sur les effets néfastes sur la santé qui résultent de l’exposition à certains produits chimiques dangereux, ce qui inspire le travail d’organisations comme le Centre de recherche sur le cancer professionnel et de son Programme de surveillance des maladies professionnelles, un système qui permet de déterminer et de surveiller les tendances des maladies professionnelles en Ontario.

Le repérage des dangers et l'évaluation des risques

Chaque milieu de travail est unique. Il incombe aux employeurs d’en reconnaître les dangers en recensant tous les produits chimiques qui sont utilisés, entreposés, manipulés et fabriqués dans leur lieu de travail. Ils doivent aussi évaluer les risques d’exposition aux produits chimiques pour leur lieu de travail en particulier, en tenant compte à la fois de la probabilité et de la gravité de l’exposition. Ces risques dépendent des produits chimiques présents, du type de tâche et de la durée des tâches exécutées, de l’environnement de travail et d’autres facteurs propres au lieu de travail. Une fois les risques évalués, ils doivent mettre en œuvre des mesures appropriées, en suivant la hiérarchie des mesures de maîtrise (dont nous reparlerons plus loin). Dans certaines situations, d’autres renseignements, tels que les données relatives à la surveillance de l’hygiène du travail, sont nécessaires pour évaluer le danger.

La connaissance des voies d’exposition est un autre volet essentiel de l’évaluation des risques. L’inhalation est la plus courante, suivie du contact avec la peau ou, moins fréquemment, les yeux. Il peut y avoir ingestion accidentelle si la nourriture, les mains ou les cigarettes sont contaminées, c’est pourquoi les travailleurs ne doivent pas boire, manger ni fumer dans les endroits où ils peuvent être exposés à des produits chimiques. Moins courante, l’absorption par injection se produit lorsqu’un objet pointu perfore la peau et injecte un produit chimique directement dans la circulation sanguine. Quelle que soit la voie de pénétration dans l’organisme, une fois à l’intérieur, le produit chimique est diffusé par le sang et peut ainsi causer des dommages aux organes situés loin du point d’entrée initial aussi bien que s’ils se trouvaient près du point d’entrée.

Une maladie peut apparaître des années après l’exposition à un produit chimique dangereux. C’est ce qu’on appelle la période de latence. Cette période est plus longue pour certaines maladies professionnelles, qu’on ne détecte qu’avec le temps, après une exposition prolongée, ce qui complique leur suivi et leur étude pour les chercheurs. Par exemple, le mésothéliome apparaît rarement moins de 10 ans après la première exposition, et peut n’apparaître que 40 ans plus tard. Les employeurs doivent absolument sensibiliser et former leur personnel sur les dangers potentiels des produits et leur utilisation sécuritaire.

Il existe plusieurs façons de s’informer sur les dangers et sur la façon de travailler en toute sécurité avec des produits chimiques, notamment lire les étiquettes du fournisseur et du lieu de travail, et les fiches de données de sécurité (FDS). La section 2 de la FDS fournit un résumé des dangers physiques et pour la santé du produit chimique, ainsi que toute mise en garde particulière à cet égard. Il faut toujours consulter les instructions du fabricant pour savoir comment utiliser, manipuler et entreposer la substance de manière sécuritaire. Vous pouvez aussi vous fier aux renseignements fournis par des organismes en santé et sécurité (p. ex. l’organisme de réglementation en matière de santé et de sécurité au travail de votre administration, le CCHST, l’INSHP, la CNESST, le RTECS, l’OSHA, etc.).

La santé et la sécurité en général et les produits chimiques en milieu de travail

Après avoir mis en évidence et évalué les dangers et les risques des produits chimiques, il faut mettre en place des mesures de maîtrise appropriées pour protéger les travailleurs. Il est important de limiter les dangers en envisageant d’abord les mesures les plus efficaces, ce qu’on appelle aussi la hiérarchie des mesures de maîtrise. Dans cette hiérarchie, on privilégie tout d’abord l’élimination et la substitution, qui consistent respectivement à retirer le produit chimique dangereux du lieu de travail et à le remplacer par un produit moins dangereux. Si l’élimination ou la substitution ne sont pas possibles, ou si le risque persiste, on envisage alors des mesures d’ingénierie. Ces dernières consistent à réaménager ou à modifier les établissements, l’équipement, les systèmes de ventilation et les procédés dans le but de réduire la source d’exposition. Viennent ensuite les mesures administratives, qui modifient la façon dont le travail est exécuté, notamment le calendrier d’exécution du travail, les politiques, les méthodes de travail et d’autres règles. Les méthodes de travail concernent les normes et les procédures d’exploitation, comme la formation, la tenue des locaux, l’entretien de l’équipement, les pratiques d’hygiène personnelle et d’autres procédures propres au lieu de travail. Les travailleurs doivent d’ailleurs recevoir une formation sur ces dernières, c’est-à-dire, par exemple, sur les premiers soins à prodiguer en cas d’exposition et sur la façon d’intervenir en cas de déversement. Enfin, lorsque les autres mesures n’ont pas permis de protéger adéquatement les travailleurs, la dernière mesure consiste à recourir à l’équipement de protection individuelle (EPI).

Les mesures de maîtrise des dangers dans les lieux de travail doivent être supervisées et mises en œuvre par des personnes qualifiées, et avec la collaboration des comités de santé et de sécurité ou de leurs représentants, des superviseurs et des travailleurs. Il est également important de toujours suivre les exigences des lois et règlements applicables en matière de santé et de sécurité au travail, des codes de prévention des incendies, des codes du bâtiment, de la réglementation environnementale, des règlements sur le transport des matières dangereuses et des normes de l’industrie. Lorsque vous élaborez les procédures d’entreposage et d’élimination des produits chimiques, suivez les recommandations des sections 7 et 13 de la FDS, ainsi que les exigences réglementaires, les normes et les codes en vigueur dans votre administration. Assurez-vous que tous les contenants portent une étiquette lisible afin de prévenir une mauvaise utilisation ou des incidents.

La sécurité psychologique en milieu de travail peut représenter un danger important. Il arrive souvent que sous le stress, les travailleurs prennent des raccourcis en manipulant des produits chimiques. Il est donc crucial que les employeurs instaurent un environnement où les travailleurs sont encouragés à signaler sans délai tout danger tel que l’épuisement, l’absence d’EPI approprié, l’absence d’étiquettes ou un entreposage inadéquat. Les travailleurs doivent se sentir à l’aise de faire entendre leurs préoccupations et de demander des formations supplémentaires ou d’autres solutions pour protéger leur santé et leur sécurité, et ce, sans crainte de représailles ni peur d’être humiliés.

En présence de produits chimiques, assurez-vous que les mesures de maîtrise nécessaires sont suivies pour limiter l’exposition, comme il est décrit dans la procédure de votre lieu de travail pour le produit chimique et la tâche en question. Il s’agit, entre autres, des exigences pour la ventilation, du type d’EPI qu’il faut porter, des procédures d’entreposage et d’élimination, et de toute autre mesure. Si vous n’avez pas eu de formation pour apprendre à utiliser le produit chimique de façon sécuritaire, ou si vous avez d’autres préoccupations, veuillez en faire part sans tarder à votre superviseur. Vous pouvez aussi vous adresser à votre comité de santé et de sécurité ou à votre représentant.

 

Ressources

Conseils et outils

Rongeurs et risque d’exposition aux hantavirus print this article

Les hantavirus entraînent une maladie pulmonaire rare, mais parfois mortelle, contractée après avoir inhalé des particules contaminées provenant des excréments, de l’urine et de la salive des rongeurs sauvages infectés, particulièrement la souris sylvestre. Cette maladie pulmonaire est appelée le syndrome pulmonaire à hantavirus.

Les symptômes d’une infection à hantavirus se manifestent d’une à six semaines après l’exposition. Ces symptômes comprennent de la fièvre, des douleurs musculaires, de la toux, des maux de tête, des nausées et des vomissements. Certaines personnes présentent des symptômes graves qui peuvent être mortels. Consultez un médecin sans tarder si vous avez une toux, de la fièvre ou des difficultés respiratoires.

Pour éliminer le risque d’inhaler des particules, évitez de produire de la poussière pendant le nettoyage et manipulez tous les excréments de rongeurs comme s’ils étaient potentiellement infectés tout en prenant des précautions supplémentaires pour prévenir l’exposition.

Évitez de balayer une zone contaminée puisque les particules peuvent être mises en suspension dans l’air et ensuite être inhalées par les travailleurs. L’infection est également possible en touchant quelque chose qui a été contaminé, puis en se touchant ensuite le nez, la bouche ou les yeux. La prévention des infestations de rongeurs et un nettoyage et une désinfection appropriés et rapides des zones contaminées peuvent contribuer à la prévention de cette maladie.

Huit conseils de nettoyage

  1. Ventilez la zone en ouvrant les portes et les fenêtres pendant au moins 30 minutes avant de commencer et assurez-vous que la zone soit ventilée pendant le nettoyage et avant que les travailleurs n’y retournent. Si vous avez des motifs de croire que des rongeurs peuvent se trouver dans les systèmes de ventilation, de chauffage et de climatisation, communiquez avec un service professionnel d’extermination des rongeurs ou avec un professionnel de la ventilation qualifié.
  2. Pendant les activités de nettoyage générales où il n’y a pas d’accumulation importante d’excréments, portez de l’équipement de protection et des gants jetables (néoprène, nitrile ou sans latex), des bottes en caoutchouc et un respirateur N95 jetable*.
  3. Pour nettoyer les zones contaminées où se trouvent de grandes quantités d’excréments, il est nécessaire d’utiliser un respirateur à épuration d’air motorisé ou un respirateur étanche muni de filtres P100 ainsi qu’une protection des yeux ou du visage pour éviter tout contact avec des aérosols.
  4. Vaporisez les zones contaminées avec une solution javellisante ou un désinfectant et retirez les excréments au moyen d’une vadrouille ou d’un linge humide jetable.
  5. Lavez en buanderie ou nettoyez à la vapeur les objets faits de tissus, comme les meubles, les tapis, les vêtements, la literie et les jouets. N’utilisez pas d’aspirateur et ne balayez pas d’une façon qui pourrait créer de la poussière en suspension dans l’air.
  6. Placez le matériel contaminé dans un sac de plastique et scellez-le avant de le jeter. Désinfectez l’équipement de protection individuelle réutilisable en essuyant les bottes en caoutchouc et les lunettes avec du désinfectant, jetez les cartouches pour respirateur et lavez les respirateurs et les gants.
  7. Placez tout l’équipement de protection, les gants et les respirateurs jetables dans des sacs de plastique et scellez-les avant de les jeter. Communiquez avec vos autorités environnementales locales pour en savoir plus sur les méthodes de mise au rebut approuvées.
  8. Lavez-vous bien les mains avec de l’eau et du savon après avoir retiré vos gants.

* À noter que l’utilisation de respirateurs dans les lieux de travail nécessite des essais d’ajustement et de la formation sur l’utilisation, l’entreposage et l’entretien de la protection respiratoire fournie.

 

Ressources

Nouvelles sur nos partenariats

Cartographier les risques à l’aide d’un nouvel outil conçu en Nouvelle-Écosse print this article

L’objectif d’une évaluation des risques est de déterminer les dangers et les facteurs de risque qui peuvent causer un préjudice, d’analyser et d’évaluer les risques associés à ce danger, puis d’éliminer ce danger ou de minimiser le niveau de risque par l’ajout de mesures de contrôle. Cette façon de faire permet de créer un milieu de travail plus sécuritaire et plus sain.

Intégrer la cartographie des risques dans votre procédure d’évaluation des risques peut contribuer à prévenir des blessures. La cartographie des risques consiste à utiliser une carte ou un plan du lieu de travail et à y indiquer où se produisent les incidents. Il est ensuite possible de classer les différentes aires par ordre de priorité en fonction de la fréquence et de la gravité des blessures qui y surviennent, puis de déterminer les causes des blessures subies par les travailleurs et les mesures de contrôle adéquates.

La Commission des accidents du travail de la Nouvelle-Écosse a créé l’outil de cartographie des risques pour la santé et la sécurité au travail (en anglais seulement). Cet outil est conçu pour être utilisé dans n’importe quel lieu ou n’importe quelle aire de travail. Les employeurs, les travailleurs, les membres de comités mixtes de santé et de sécurité au travail et les représentants en matière de sécurité peuvent utiliser cet outil pour détecter, évaluer et contrôler les risques de blessure en milieu de travail.

Il n’y a pas qu’une seule manière d’évaluer les risques. De nombreux outils et techniques d’évaluation des risques sont à votre disposition, alors choisissez la méthode qui correspond le mieux à votre situation. Dans tous les cas, l’évaluation des risques doit être effectuée avant le début de toute activité ou tâche.

Vous trouverez ci-dessous des ressources et modèles supplémentaires qui pourront vous aider à préparer votre évaluation des risques.

Balados

« Identifying and Monitoring Trends in Occupational Disease »print this article

Balado en vedette : « Identifying and Monitoring Trends in Occupational Disease »

Le suivi des profils et des tendances des maladies professionnelles dans différents secteurs d’activité peut aider à cibler les efforts de prévention. Nous discutons avec Paul Demers du Centre de recherche sur le cancer professionnel au sujet du Système de surveillance des maladies professionnelles (SSMP) et de ce que les données révèlent.

La durée du balado est de 8 min 7s. Écoutez le balado maintenant.

Reprise du Balado : Protection contre les insectes nuisibles de l'été

Les rencontres désagréables avec les tiques et les moustiques peuvent entraîner des maladies comme la maladie de Lyme et le virus du Nil occidental. Dans cet épisode de balado diffusion, le CCHST présente des renseignements utiles que les personnes qui travaillent à l'extérieur peuvent utiliser pour se protéger contre les insectes nuisibles de l'été.

La durée du balado est de 5 min 32s. Écoutez le balado maintenant.

 

Parcourez la liste complète des sujets traités dans les balados. Mieux encore, abonnez-vous sur iTunes afin de ne pas manquer un seul épisode. Écoutez sur Spotify.

Dernière parole

Sensibilisation au travail par temps chaudprint this article

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